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Il y a maintenant longtemps, nous écrivions les Contes de l'errance Livre I, puis Livre II. Après bien des pérégrinations, des voyages dans l'espace et dans le sens, des chemins de traverses où nous retrouvions les poètes, nous avons été saisis du besoin d'ouvrir le Livre III. Il s'agit encore de notre insatiable désir de raconter des histoires, de notre besoin de réenchantement, du conte et ses trésors précieux qui nous parle de nos existences en nous renvoyant à la mythologie et à notre regard d'enfant. C'est ainsi que refermant le livre, nous nous demandons pourquoi personne ne s'intéresse au sort tragique des filles de l'ogre. Touchés par cette constatation nous créons « l'Ogre Végétarien ». L'ogresse et le Petit Poucet réussirons-t-ils à soigner et à guérir l'ogre de sa propre nature ? On comprendra aisément que nous touchons là à la figure du père, à la brutalité masculine et nous ne manquons pas de faits d'actualité pour nous en rappeler les conséquences. Comme toujours nous aimons raconter plusieurs histoires. Nous connaissons deux interprétations du Petit Chaperon Rouge. Développant celle où le Petit Chaperon Rouge était délivré du ventre du loup par le couteau du chasseur nous avons laissé grandir le Petit Chaperon qui a aujourd'hui épousé le chasseur. Le temps est passé. Ils tiennent une auberge de campagne. Ils ont deux enfants... Ils s'ennuient …Le Petit Chaperon Rouge succombera-t-il une nouvelle fois aux dents du loup, à son sourire carnassier ? Bruno Bettelheim nous a parlé de l'amant animal et sa mémoire nous accompagne dans notre travail. On l'aura compris, c'est bien la figure du père et de la mère qui nous travaille et c'est ainsi que tout naturellement Pinocchio vient conclure le spectacle où nous sommes confrontés à une double quête, celle de l'enfant à la recherche de son identité et celle du père quelque fois défaillant en quête d'un regard légitimant.
La famille Magnifique est un théâtre itinérant, ce qui signifie qu'elle développe un style qui lui est propre et qui appartient au genre forain. C'est le goût de notre compagnie, un goût singulier, particulier, attachant. Notre espace de jeu (notre camion) dans lequel nous développons une apparente simplicité nécessite un apprentissage rigoureux. Il s'agit là d'un mode de représentations spécifique, tout aussi spécifique qu'un plateau de théâtre (pour mémoire le mot plateau nous vient du chariot de Thépsis, de nos origine agraires où les comédiens jouaient sur le plateau d'une charrette). Il nous faut distinguer les moments où nous jouons dans le public, pour le public et au-dessus du public. Un théâtre horizontal et vertical. Si notre goût est singulier (on pourrait le rapprocher de celui des confitures faites maison), nous vivons bien dans notre époque, nous transformons la modernité par l'utilisation d'un des ses symbole (un véhicule routier - poids lourd) en espace de la représentation de nos mythes. Nos ingrédients (pour mieux filer la métaphore de la confiture) sont ceux de l'écriture contemporaine, de la commande de textes et la musique qui enrichit nos représentations est celle d'un violoncelle jouant du blues. Répéter un spectacle c'est toujours préparer la venue des spectateurs. Aussi convions nous de façon symbolique à chacune de nos répétitions un aveugle pour lequel nous faisons en sorte que le texte, les mots, les sons le réjouissent ; un sourd pour lequel nous espérons que ce que nous lui donnons à voir prenne sens ; le grand littérateur Borges pour lequel nous souhaitons très humblement produire suffisamment de signes pour satisfaire sa gourmandise ; et bien sûr un enfant pour lequel nous devons toujours faire attention à lui produire une qualité d'émerveillement.
René Pareja
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