Suite Tozeur, Tunis et fin…

Mercredi 22 mai :

Reprise des répétitions et rencontre avec les membres de l'association théâtrale de Tozeur. Ils demandent à Rénato de parler des Arts de la rue, de l'espace public, du Théâtre ambulant. L'échange est très attentif. Chacun, dans cette assemblée est conscient de vivre un moment particulier de l'histoire où la place de l'art et de l'espace public sont questionnés.

Nous avons mis à profit ces journées avant la première représentation de jeudi pour répéter et produire quelques améliorations, modifier le costume de Caro pour la rendre plus fluide et aussi plus archaïque, plus étrange,plus forte.

Une telle métamorphose ne se passe pas sans émotion. Rénato continua de faire travailler Caro alors qu'elle était totalement bouleversée. La tension était palpable. Sur les gradins Léo et Rico ne restaient pas impassibles.

Comment déterminer les limites du travail de l'art dramatique ? Le soir dans la caravane, la polémique fut animée, vive.

 

Jeudi 23 Mai :

Représentation 19 h. Bien sûr, elle commença avec un peu de retard.

Mais, la magie était là.

Entouré par les palmiers, le spectacle déployait ses couleurs. L'énergie des acteurs était légère et subtile. Bien sûr, avant la représentation, ils avaient refait le cercle.

Comment déterminer les limites du travail de l'art dramatique ? Ce soir là, la métamorphose était réussie. Pour autant la question doit continuer de nous travailler.

 

Ah, oui, j'ai oublié de vous parler des moustiques pendant le spectacle...

 

Vendredi 24 Mai :

Représentation 19 h.

Avant l'entrée des spectateurs, les acteurs refont le cercle.

Et ça marche.Le spectacle devient clair, baigné de l'humour propre à son auteur. Les spectateurs nous suivent l'oeil brillant, sourire au lèvre.

Ah, oui, j'ai oublié de vous parler des moustiques pendant le spectacle...

 

Samedi 25 Mai :

Dernière représentation de notre cycle de 6 villes.

Nous savons qu'il y aura peu de monde. L'équipe de foot de Tozeur vient de passer en première division.En ville c'est la fête.

Cependant l'ambiance est sereine et l'équipe refait le cercle. Le spectacle trouve son rythme et déploie ses charmes. Derrière les acteurs la pleine lune éclaire les palmiers.

 

Après le repas nous nous retrouverons autour d'une grande table. Ce soir, dîner aux chandelles. Au menu : fruits à volonté.

A Tozeur, la relation s'enracine. Nous rêvons d'un théâtre ambulant comme il en a existé au début de l'association théâtrale El Jerid, en 1937, pour défendre l'identité culturelle face au colonisateur.

A la fin du voyage, nous cheminons dans la nuit. Les désirs s'entrecroisent, les rêves se conjuguent. On nous demande l'adaptation complète de « c'est par là » en arabe.

L'année prochaine, sous une autre forme, le texte de Paul Emond continuera son errance.

 

Et le Capitaine Fracasse ?

Il a rendez-vous mardi prochain à l'Institut Français de Coopération de Tunis avec son directeur, son attachée culturelle ayant choisi de ne plus nous recevoir après que nous lui ayons signifié que ses propos désignant les Tunisiens étaient indignes de la fonction qu'elle exerce.

 

Lundi 27 Mai :

Tunis

Il fait déjà nuit quand le taxi, chargé de nous conduire, au bout d'une bonne heure à chercher le bon passage pour la bonne rue nous dépose devant l'ISAD (Institut Supérieur d'Art Dramatique). Vexé de ne pas connaître cette adresse, notre taxi avait remis son compteur à zéro.

Ouvrir le portail, pousser les poubelles, manoeuvrer la caravane, fermer le portail, brancher l'eau et l'électricité, manger et surtout dormir.

Le matin nous avions quitté la palmeraie de Tozeur pour rejoindre Tunis en passant par Kairouan et sa grande plaine : vitesse moyenne de notre convoi : 50 km à l'heure.

Dormir, rêver peut-être !

A l'ISAD,les étudiants se rapprochent des examens et ils y répètent toutes les nuits.

 

Mardi 28 Mai :

Sous le regard des étudiants et des ouvriers de l'Institut, mais avec l'aide des femmes de ménage, nous débarrassons la cour de la dizaine de mètres cube de gravas divers qui l'encombre, pour installer la caravane en regard de nos gradins.

 

 

Gymnastique matinale : « soyez les bienvenus, faites comme chez vous ! » .

 

14h30 : RDV à l'Institut Français de Coopération de Tunis.

Nous sommes reçus par le directeur qui nous nous parle sans détours de son désaroi face à l'attitude de son attachée culturelle. Il nous affirme tout son intérêt pour notre démarche et ne manquera pas de faire tout son possible pour nous aider financièrement pour le deuxième volet de notre aventure, à savoir : le festival de "Villeneuve en Scène".

Le président de Nord Ouest Théâtre est satisfait de la teneur de l'entretien tandis que son directeur est plus dans le doute.

 

Mercredi 29 Mai :

Le directeur de Nord Ouest Théâtre se rend au Théâtre National de Tunisie pour lequel nous devons animer un stage de formation avec ses élèves circassiens.

Après quelques minutes à discuter à l'accueil, rencontre avec les techniciens en charge du pôle cirque (Medi et Nourdine). C'est grâce à eux que le contact passe. Ils seront toujours présents et disponibles durant tout le stage.

 

Samedi 1er Juin :

Le stage a lieu à l'ISAD dont les bâtiments constituent une forme de petite ville avec places, rues et ruelles.

10 h du matin, sur les gradins, nous faisons connaissance puis visitons ensemble l'établissement. Le cadre est donné : l'espace public.

Nous nous quittons à midi, des premiers textes sont distribués. Rendez-vous à lundi.

Mais ne devait il pas y avoir le premier des « Capitaine Fracasse », le Commandeur de l'espace public, Omar dit Michel Crespin ?

« Monsieur Crespin » nous avait fait le plaisir d'accepter de diriger le stage avec nous. Il dut livrer une rude bataille pour réussir à embarquer à Marseille, franchir les frontières et enfin débarquer le dimanche 2 juin à l'aeroport de Tunis. Cette épopée mériterait un plus long développement mais revenons à notre formation.

 

Lundi 3 juin :

Notre équipe de choc est au complet.

Heddi Aïssa, l'adaptateur du texte «  C'est par là » est aussi des nôtres, sa contribution est très précieuse : les textes poétiques et politiques qu'il propose serviront d'ossature à la semaine de formation.

Accompagnés de quelques étudiants de l'ISAD, les circassiens vont s'emparer du stage avec énergie, se révélant à eux mêmes, au groupe et à leurs responsables du pôle cirque.

Le titre du stage est trouvé par Omar (c'est ainsi que nous appellerons Michel Crespin) : "Prouesse, Espace, Théâtre"

Un objectif est très vite fixé : vendredi à 17 h , présentation publique du travail réalisé.

Trapèze, tissus, mât chinois, acrobaties, drapeaux, textes, tout cela trouve sa place dans l'espace et se théâtralise.

 

 

 

 

Mardi 4 juin :

20 h :dernière représentation du spectacle « c'est par là » en Tunisie.

 

 

 

 

Dans la cour de l'ISAD face à la caravane les gradins sont pleins. Sur les murs, un graff énorme à l'effigie du Che Guevara.

Les spectateurs de Tunis sont ils différents de ceux d'Houmt Souk, de Zarsis, de Metameur, de Gafsa, de Douz, de Tozeur ? Voilà une question à laquelle Che Guevra ne répondra plus.

 

 

 

 

Ce soir là, nous touchions au terme de notre aventure.

 

Vendredi 7 juin :

Le groupe est maintenant bien formé. Pour beaucoup c'est leur première représentation. L'émotion est forte et l'enjeu bien perçu.

Le spectacle commence, Léo tape sur une grosse caisse. A l'autre bout de la rue les drapeaux s'agitent. Les spectateurs comprennent qu' il faut suivre les acteurs…au son du flûtiau de Léo !

« République, ne pas tomber, tenir » sont les mots qui tissent la représentation.

Les artistes, ce jour là, à Tunis portent le verbe dans chacune de leurs actions.

 

Samedi 8 juin :

Week-end culturel en Tunisie ; visite du site romain de Douga. Emerveillement devant l'organisation de la Cité.

 

 

 

Premier Symposium Franco-Tunisien in situ : "Urbanité ou foranité, quel devenir pour les Arts de la Rue ? "

 

 

 

Lundi 10 juin :

Dernière nuit en Tunisie. Nous nous installons sur le port de la Goulette , prêts à embarquer le lendemain matin.

Ce soir là, Mongi et Heddi, nos comparses des premières tournées en Tunisie sans se concerter nous apportaient de la mlouria, de la loubia et des salades… tunisiennes.

Au fait : faites moi penser à vous donner la recette de la mlouria.

 

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Suite Tozeur, Tunis et fin… »

  1. Merci Karine ,

     

    Tu nous as fait partager et rêver pendant tout ce périple theatral riche d'émotions .

    À très bientôt,merci,

    Sylvie

  2. quelle magnifique aventure! 

    inutile de dire que j'en rêve toute éveillée

    au plaisir de se revoir

    michèle