Suite des péripéties de la compagnie ou qu’est devenu le capitaine Fracasse ?

Samedi 16 mars : Sortie du bateau à La Goulette.

Ici vit toute une population : certains en uniforme, d'autres en civil ; les civils étant souvent les plus énigmatiques…

Éric et Yvan vont très vite être confrontés au rituel des douaniers. Un mot glissé dans l'oreille et l'affaire est faite (bakchich)...

« Alors René comment ça va » ? C'est notre vieux complice des tournées précédentes Si Hedi Haïssa. Ses yeux sont toujours aussi bleus mais qu' a-t-il de changé ? Il porte un anorak rouge, une casquette, une grande écharpe orange. Est-ce cela l'effet de la révolution ?

 

Premier rendez-vous à l'Institut Supérieur des Arts Dramatiques de Tunis. Premier contact avec les taxis jaunes « S'il vous plaît, rue Mikhaïel Nouaïma».  Regard interloqué du chauffeur de taxi… Est-ce que je parle mal ? Est-ce que tout cela n'a aucun sens pour lui ? Pourtant, il me dit « oui je vois à peu prés… ». À l'Institut Supérieur d'Art Dramatique, d'énormes portraits faits au pochoir ornent les murs de l'établissement : Che Guevara, Brecht et Choukri Belaïd (cela fera bientôt 40 jours qu'il a été assassiné).

Les élèves sont en grève. Personne n'en parle dans la presse. Nous apprendrons plus tard qu'ils protestent contre le chômage des comédiens. La rencontre avec Mahmoud Mejri, directeur, est directe, chaleureuse. On a l'impression de se connaître depuis longtemps.

 

Deuxième rendez-vous devant le Théâtre Municipal de Tunis. C'est ici que les cortèges s'arrêtent, c'est ici qu' il y a quelques semaines un jeune homme désespéré s'est immolé, c'est ici que les manifestations sont les plus fortes. Malgré une Ambassade de France encerclée de barbelés et de camions militaires, la ville vit son rythme naturel, les gens s'interpellent sur le boulevard, les taxis klaxonnent, les voitures s'arrêtent en plein milieu de la grande avenue. Si ce n'est un renforcement policier, tout nous paraît inchangé. Nous retrouvons Hedi Aïssa, notre adaptateur pour une première lecture du texte de Paul Emond "C'est par là".

Première nuit à El Zhara à environ 15 km de Tunis : un centre de vacances que nos amis tunisiens nous ont trouvé pour poser la caravane et passer nos premières journées à Tunis.

 

Pause dans l'histoire.

 Tunis, avenue Bourguiba, manifestation en mémoire à Chokri Belaid

 

Lundi 18 Mars : reprise des péripéties

Le matin, rendez-vous avec Anouar Chaafi, directeur du Centre National des Arts dramatiques de Tunisie. Nous l'avions déjà rencontré : une grande force dans un corps chétif. Depuis notre dernière visite, son corps est encore plus chétif et pourtant c'est lui qui réorganise le théâtre en Tunisie et prend le temps de nous rencontrer longuement.

Il est heureux de nous annoncer que le recrutement de la prochaine promotion des élèves de l'école nationale du cirque dont il a la responsabilité est effective : 12 élèves ont été sélectionnés. Notre projet de formation avec les circassiens pourra avoir lieu la première semaine de juin : rendez-vous est pris, nous nous retrouverons à l'institut national pour implanter nos gradins et notre caravane et mélanger cirque et théâtre.

 

Et le capitaine Fracasse, qu'est-il devenu ? J'y arrive...

 

Mardi 19 Mars : dans l'après midi, rendez-vous à l'Institut Français de Coopération. Le moins que l'on puisse dire c'est que nos derniers échanges n'ont pas été très cordiaux. Nous n'avions pas apprécié les termes de leur dernière correspondance et nous l'avions fait savoir de manière ferme et non moins respectable.

Devant l'ascenseur : « c'est sans doute avec vous que j'ai rendez-vous ? », « certainement », « donnez-moi quelques minutes et je suis à vous »… Quelques minutes plus tard nous étions dans le bureau de l'attachée culturelle en compagnie de deux de ses collaboratrices. La tension est forte, palpable. Pourtant en apprenant à se découvrir sans jamais renoncer à ce qui fait notre engagement, l'institut comprend mieux la qualité et l'originalité du projet que nous allons réaliser dans les jours qui viennent.

Il y eut donc en ce début de rencontre un climat orageux, puis quelques accalmies. Nous nous quittâmes par beau temps. Madame Dorothea Marciak s'engageait à passer du temps avec nous au cours de notre séjour au mois de juin à Tunis pour mieux nous connaître et envisager un devenir commun.

Pauvre capitaine Fracasse, il n'eut même pas à ferrailler !

 

  Passage de dromadaires

 

 

Mercredi 20 Mars : Direction Médenine. Début des repérages.

17h30. Nous plaçons notre attelage devant le Centre des Arts Dramatiques et Scéniques de Médenine. Abdallah, le régisseur, nous installe. En quelques minutes l'eau et l'électricité sont branchés. Première nuit dans le sud.

 

Jeudi 21 Mars : Visite d'une école dans un quartier populaire à Métameur où tout le monde se connaît. Dans l'après-midi, direction Aghir et l'île de Djerba.

Nous aurions pu être rationnels, prendre la chaussée romaine. Mais comment ne pas succomber à la tentation ? Inutile de résister : nous prendrons le bac.

Nous étions prévenus : il y avait un très long temps d'attente mais la tentation était trop forte. Deux heures d'attente. Et c'est là que nous retrouvons à nouveau le Capitaine Fracasse. Dans notre caravane nous pouvions manger, faire la cuisine. Attablés tous les quatre nous mangions. Il fallait juste que régulièrement notre capitaine reprenne les rênes et fasse démarrer l'attelage sur quelques centaines de mètres…

A la sortie du bac, direction Aghir et son centre de jeunesse situé les pieds dans l'eau face à la mer. C'est ici que nous retrouverons les acteurs tunisiens pour répéter le spectacle « C'est par là » .

 

Plage d'Aghir

 

Vendredi 22 Mars : Nous poursuivons le repérage à Zarzis, puis Houmt Souk où nous jouerons notre première représentation à la Maison de la Culture : une petite place qui donne sur les cafés.

Retour de nuit à notre campement sur la plage d'Aghir.

 

 

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