Tournée en Tunisie – Suite des pérégrinations et du repérage

Lundi 25 mars : le matin, rencontre avec le Centre Dramatique et Scénique de Gafsa. Le premier lieu visité est le bon : la bibliothèque régionale à proximité du campus. Un lieu animé, fréquenté par les étudiants.

L'après-midi nous nous rendons à Tozeur. Rendez-vous dans la grande palmeraie. C'est là que nous jouerons notre spectacle.

 

Mardi 26 mars : le matin, traversée du Chott El Jerid : 60 km en ligne droite à travers une étendue saline.

En fin d'après-midi nous parvenons à Douz, nous jouerons dans un centre réservé à la jeunesse sous de grands eucalyptus.

 

Pause dans le Chott El Jerid

 

Mercredi 27 mars : nous quittons Douz au matin. Nous coupons dans la montagne. Nous passons des cols minéraux avant de redescendre vers Toujene puis Matmata célèbre ville troglodyte. Pour la tournée nous n'utiliserons pas cette route, ou alors, il nous faudra envisager beaucoup plus de temps et se préparer à pousser notre attelage.Nous ne jouerons pas au capitaine Fracasse.

Le soir, retour à la caravane face à la mer à Aghir dans l'île de Jerba.

 

Jeudi 28 mars : installation des gradins.

Il nous faudrait parler de la beauté des paysages, de l'accueil, des malentendus, des bien entendus, de ce qui rend le voyage inattendu et la rencontre si chaleureuse.

 

Vendredi 29 Mars : Rencontre avec les comédiens tunisiens. Cette fois nous y sommes.

Kilani arrive vers neuf heures avec sa mobylette. Il réside à quelques kilomètres. Nous l'avions rencontré il y a presque deux ans. Il venait de finir sa formation à l'Institut Supérieur des Arts Dramatiques. C'est avec lui que nous avions rêvé notre projet. C'est lui qui depuis nous servait de contact permanent. C'est grâce à lui que nous avions pu adapter notre projet à la réalité tunisienne. C'est aussi avec lui que le soir dans l'obscurité, nous sommes allés à la rencontre de Nourhène, la comédienne. Elle débarquait du bac qui relie l'île au continent, une écharpe blanche nouée autour du cou « c'est vous Nourhène? » « oui, comment vous savez? ». Sur la jetée du port, il régnait une ambiance à la Humphrey Bogart.

Le soir pour le repas l'équipe était au complet.

 

L'équipe Franco-Tunisienne

 

Face à la mer, les répétitions vont bon train. Nous devons nous adapter au vent, au soleil, à la chaleur, aux chats et au sable de la plage.

Ne croyez pas que cela soit idyllique. Les températures passent de 22° à 34°. Le vent souffle, le bruit incessant des vagues et la nuit étoilée qui le soir vient recouvrir notre campement.

Nous passons beaucoup de temps dans la caravane ventilée à apprendre nos textes, profitant du moindre signe de fraîcheur pour répéter dans l'espace.

Répéter dans notre dispositif, c'est vivre un peu de notre aventure nomade. La caravane est à la fois le décor mais aussi notre lieu de vie et surtout notre cuisine. Pendant les répétitions, le poulet au citron mijote dans la cocotte minute. Pas de temps mort, la fin de la cuisson indique la fin des répétitions. Depuis le premier jour sauf pendant les repérages, nous nous sommes toujours préparés la cuisine.

Nous apprenons à mieux nous connaître, les questions sur nos cultures différentes sont nombreuses. Sur le plan de l'engagement théâtral nous nous retrouvons très facilement, obéissant aux contraintes du dispositif, à la règle donnée par le texte, à la musique qui est venue renforcer notre propos. Mais dès les répétitions finies, autour de la table, nous essayons sans toujours y parvenir de comprendre un peu ce qui détermine l'autre. Nous sommes «  les francis », des sans dieu, alors que nos camarades de travail vivent avec l'idée d'un Dieu qui serait là au-dessus de nous quoi que nous fassions, quoi que nous pensions.

 

Et capitaine Fracasse dans tout cela ? Ne se serait-il pas, lui aussi laissé envoûter par Circé ? Ne dit-on pas que c'est à Jerba qu'elle résidait?

 

Et le spectacle. Que devient-il ?

 

Nous avons joué, une première version de « c'est par la ». Rico et Renato racontaient l'histoire pendant que Léo baignait le spectacle de son et de musique qu'il exécutait depuis la caravane.

Ici, c'est une nouvelle création que nous mettons sur pied.

Bien sûr l'histoire reste la même. Renato Et Rico sont toujours là. Léo joue toujours du piano.

Seulement voilà, l'adaptation du texte en arabe littéraire à transformé la forme, l'enjeu. Le dédoublement dont nous parle l'auteur dans son texte est directement matérialisé par la place que prennent les deux langues dans le spectacle. Il se crée une forme d'oratorio reliant les deux continents. La poésie des deux langues qui se tissent renforcent le propos initial.

Nous ne nous sommes pas contentés d'adapter le spectacle il nous a fallu le repenser, le réinventer.

 

Si le théâtre « c'est l'étranger qui passe ». Avec cette création l'étranger est double.

 

 

 

 

Suite des péripéties de la compagnie ou qu’est devenu le capitaine Fracasse ?

Samedi 16 mars : Sortie du bateau à La Goulette.

Ici vit toute une population : certains en uniforme, d'autres en civil ; les civils étant souvent les plus énigmatiques…

Éric et Yvan vont très vite être confrontés au rituel des douaniers. Un mot glissé dans l'oreille et l'affaire est faite (bakchich)...

« Alors René comment ça va » ? C'est notre vieux complice des tournées précédentes Si Hedi Haïssa. Ses yeux sont toujours aussi bleus mais qu' a-t-il de changé ? Il porte un anorak rouge, une casquette, une grande écharpe orange. Est-ce cela l'effet de la révolution ?

 

Premier rendez-vous à l'Institut Supérieur des Arts Dramatiques de Tunis. Premier contact avec les taxis jaunes « S'il vous plaît, rue Mikhaïel Nouaïma».  Regard interloqué du chauffeur de taxi… Est-ce que je parle mal ? Est-ce que tout cela n'a aucun sens pour lui ? Pourtant, il me dit « oui je vois à peu prés… ». À l'Institut Supérieur d'Art Dramatique, d'énormes portraits faits au pochoir ornent les murs de l'établissement : Che Guevara, Brecht et Choukri Belaïd (cela fera bientôt 40 jours qu'il a été assassiné).

Les élèves sont en grève. Personne n'en parle dans la presse. Nous apprendrons plus tard qu'ils protestent contre le chômage des comédiens. La rencontre avec Mahmoud Mejri, directeur, est directe, chaleureuse. On a l'impression de se connaître depuis longtemps.

 

Deuxième rendez-vous devant le Théâtre Municipal de Tunis. C'est ici que les cortèges s'arrêtent, c'est ici qu' il y a quelques semaines un jeune homme désespéré s'est immolé, c'est ici que les manifestations sont les plus fortes. Malgré une Ambassade de France encerclée de barbelés et de camions militaires, la ville vit son rythme naturel, les gens s'interpellent sur le boulevard, les taxis klaxonnent, les voitures s'arrêtent en plein milieu de la grande avenue. Si ce n'est un renforcement policier, tout nous paraît inchangé. Nous retrouvons Hedi Aïssa, notre adaptateur pour une première lecture du texte de Paul Emond "C'est par là".

Première nuit à El Zhara à environ 15 km de Tunis : un centre de vacances que nos amis tunisiens nous ont trouvé pour poser la caravane et passer nos premières journées à Tunis.

 

Pause dans l'histoire.

 Tunis, avenue Bourguiba, manifestation en mémoire à Chokri Belaid

 

Lundi 18 Mars : reprise des péripéties

Le matin, rendez-vous avec Anouar Chaafi, directeur du Centre National des Arts dramatiques de Tunisie. Nous l'avions déjà rencontré : une grande force dans un corps chétif. Depuis notre dernière visite, son corps est encore plus chétif et pourtant c'est lui qui réorganise le théâtre en Tunisie et prend le temps de nous rencontrer longuement.

Il est heureux de nous annoncer que le recrutement de la prochaine promotion des élèves de l'école nationale du cirque dont il a la responsabilité est effective : 12 élèves ont été sélectionnés. Notre projet de formation avec les circassiens pourra avoir lieu la première semaine de juin : rendez-vous est pris, nous nous retrouverons à l'institut national pour implanter nos gradins et notre caravane et mélanger cirque et théâtre.

 

Et le capitaine Fracasse, qu'est-il devenu ? J'y arrive...

 

Mardi 19 Mars : dans l'après midi, rendez-vous à l'Institut Français de Coopération. Le moins que l'on puisse dire c'est que nos derniers échanges n'ont pas été très cordiaux. Nous n'avions pas apprécié les termes de leur dernière correspondance et nous l'avions fait savoir de manière ferme et non moins respectable.

Devant l'ascenseur : « c'est sans doute avec vous que j'ai rendez-vous ? », « certainement », « donnez-moi quelques minutes et je suis à vous »… Quelques minutes plus tard nous étions dans le bureau de l'attachée culturelle en compagnie de deux de ses collaboratrices. La tension est forte, palpable. Pourtant en apprenant à se découvrir sans jamais renoncer à ce qui fait notre engagement, l'institut comprend mieux la qualité et l'originalité du projet que nous allons réaliser dans les jours qui viennent.

Il y eut donc en ce début de rencontre un climat orageux, puis quelques accalmies. Nous nous quittâmes par beau temps. Madame Dorothea Marciak s'engageait à passer du temps avec nous au cours de notre séjour au mois de juin à Tunis pour mieux nous connaître et envisager un devenir commun.

Pauvre capitaine Fracasse, il n'eut même pas à ferrailler !

 

  Passage de dromadaires

 

 

Mercredi 20 Mars : Direction Médenine. Début des repérages.

17h30. Nous plaçons notre attelage devant le Centre des Arts Dramatiques et Scéniques de Médenine. Abdallah, le régisseur, nous installe. En quelques minutes l'eau et l'électricité sont branchés. Première nuit dans le sud.

 

Jeudi 21 Mars : Visite d'une école dans un quartier populaire à Métameur où tout le monde se connaît. Dans l'après-midi, direction Aghir et l'île de Djerba.

Nous aurions pu être rationnels, prendre la chaussée romaine. Mais comment ne pas succomber à la tentation ? Inutile de résister : nous prendrons le bac.

Nous étions prévenus : il y avait un très long temps d'attente mais la tentation était trop forte. Deux heures d'attente. Et c'est là que nous retrouvons à nouveau le Capitaine Fracasse. Dans notre caravane nous pouvions manger, faire la cuisine. Attablés tous les quatre nous mangions. Il fallait juste que régulièrement notre capitaine reprenne les rênes et fasse démarrer l'attelage sur quelques centaines de mètres…

A la sortie du bac, direction Aghir et son centre de jeunesse situé les pieds dans l'eau face à la mer. C'est ici que nous retrouverons les acteurs tunisiens pour répéter le spectacle « C'est par là » .

 

Plage d'Aghir

 

Vendredi 22 Mars : Nous poursuivons le repérage à Zarzis, puis Houmt Souk où nous jouerons notre première représentation à la Maison de la Culture : une petite place qui donne sur les cafés.

Retour de nuit à notre campement sur la plage d'Aghir.

 

 

Début des répétitions à Aghir

Face à la mer

Trois semaines déjà que l'équipe de Nord Ouest Théâtre est en Tunisie pour la création en franco-tunisien du spectacle "C'est par là" et une tournée dans six villes du sud tunisien.

A leur arrivée à Tunis, René Pareja et ses complices ont rencontré l'Institut Français, Anouar Chaafi du Théâtre National Tunisien, Mahmoud Mejri de l'Institut Supérieur des Arts Dramatiques puis sont partis en repérage dans les villes où, bientôt, ils poseront caravane et gradins.

Depuis quelques jours, les comédiens tunisiens Kilani Zagrouba et Nourhène Hammami ont rejoint l'équipe à Aghir. C'est parti pour deux semaines de répétitions… face à la mer…

 

Premières du spectacle :  les 11 et 12 avril à 18h, à la Maison de la Culture Farid Ghazi à Houmt Souk.

Un début de tournée comme une épopée

Mardi 12 mars, 8h00 : le master et la caravane sur le port de Caen, il nous faut être le lendemain à Marseille, autre port pour embarquer à bord du Tanit en direction de Tunis.

Deux jours pour faire la route, une étape prévue peu avant Lyon. C'était sans compter la neige peu habituelle en ce milieu de mois de mars…

Nous avions rendez vous avec le Capitaine Fracasse, le froid et plus encore la neige.

Six heures pour rejoindre l'autoroute dégagée sur une voie et son premier péage à Dozulé. Il ne nous faudra pas attendre longtemps pour glisser et devoir déneiger sous les roues, pousser notre attelage. Nous ne savions pas que nous aurions à le faire encore trois fois dans le froid et la nuit sur les premiers kilomètres de l'A6 jusqu'à Fontainebleau où enfin la neige disparaîtrait.

3h00 du matin, il est grand temps de nous arrêter sur une aire d'autoroute, de nous coucher dans la caravane recouverte de neige, sans chauffage.

 

Mercredi 13 mars, 23h30 : le port de Marseille. La neige, en fondant, a mouillé deux de nos couchages. Le mistral redouble de violence. Nous sombrons dans le sommeil.

 

Jeudi 14 mars, 9h00 : embarquement. Prendre la file parmi les véhicules recouverts de meubles, de bicyclettes, de sacs de couleurs ; le traîneau du Père Noël en route vers le sud.

Nous sommes les derniers à entrer dans le ventre du Tanit et à rejoindre nos cabines bien douillettes. Le mistral continuait de souffler retardant nôtre arrivée de 24h.

 

Samedi 16 mars, 8h00 : enfin nous touchons le sol de la Goulette. Malgré le vent, l'air est doux. Il nous reste à nous confronter aux douaniers, à leur triste et immuable rituel.

 

 

Débuts du Capitaine Fracasse en Tunisie.

 

L’équipe de Nord Ouest Théâtre est arrivée en Tunisie !

La tempête de neige au départ de Caen, le mistral de Marseille et la traversée houleuse de la mer Méditerranée n'auront pas eu raison de la motivation de René Pareja, d'Eric Fourez et d'Yvan Zekar. Ils sont arrivés à Tunis !

Il ne leur reste plus qu'à se mettre au travail pour la création en Français et en Tunisien du texte de Paul Emond "C'est par là" ou ou le rêve d'Eldorado d'un pauvre cordonnier qui décide un jour de partir à la recherche de sa chimère.

Au programme : travail avec Hedi Haissa adaptateur du texte en arabe, répétitions avec les comédiens tunisiens Kilani Zagrouba et Ichraf Tamoimi.

Première du spectacle : 11 avril à Houmt Souk !

dessin : Loïc Faucheux

Création Franco-Tunisienne du spectacle « C’est par là »

 من هنـــا 

Dans un mois, l'équipe de Nord Ouest Théâtre sera en Tunisie pour travailler à la création en français et en tunisien du texte de Paul Emond "Cest par là" ou le rêve d'Eldorado d'un pauvre cordonnier qui décide un jour de partir à la recherche de sa chimère.

Après deux semaines de répétitions avec les acteurs tunisiens qui enrichiront la compagnie, cette création fera l'objet d'une tournée de trois mois, sous le haut patronage du Théâtre National Tunisien, dans six villes du sud de la Tunisie : Houmt Souk, Zarzis, Médenine, Douz, Gafsa, Tozeur.